2026 : le sacre du CISO et le défi de la féminisation du métier

Le rôle du responsable de la sécurité des systèmes d'information (CISO) traverse une mutation profonde, passant d'une fonction technique à un pilier stratégique de la gouvernance d'entreprise. Une étude révèle la tension croissante entre des responsabilités élargies, des budgets en hausse et une pénurie de talents qui menace la résilience des entreprises sur le marché belge. Un défi qui passe par la féminisation de la profession. Analyse.
Le coût mondial de la cybercriminalité devrait atteindre le montant astronomique de 12.200 milliards de dollars d'ici 2031 ! C’est dans ce contexte bouillonnant que les organisations redéfinissent la place des responsables de la sécurité.
Un rapport publié par Cybersecurity Ventures, en partenariat avec Sophos, indique que la position du CISO au sein de l'organigramme des grandes entreprises s'est considérablement renforcée ces dernières années. Selon les données de Splunk et Oxford Economics, la grande majorité (82 %) des CISO rapportent désormais directement aux CEO, marquant une progression spectaculaire par rapport aux 47 % observés en 2023. Cette montée en puissance s'accompagne d'une extension de leur périmètre d'action.
Une fonction en pleine mutation
Le cabinet Gartner prévoit que d'ici 2027, la moitié des responsabilités des CISO dépasseront le cadre strict de la cybersécurité, et intégreront les enjeux de conformité et de gestion des risques opérationnels plus larges. Cette évolution est soutenue par une volonté des conseils d'administration de mieux appréhender les risques cyber, bien que le temps alloué à ces échanges reste limité, avec environ 30 minutes par mise à jour selon l'IANS. Sur le plan financier, la tendance est également à la hausse.
De son côté, le cabinet KPMG rapporte que 98 % des dirigeants sécurité interrogés ont bénéficié d'une augmentation de budget au cours des douze derniers mois. Toutefois, cette augmentation ne suffit pas toujours à couvrir l'ensemble des besoins, notamment face à la complexité croissante des infrastructures. Une étude de McKinsey souligne d'ailleurs que 15 % des dépenses en cybersécurité proviennent désormais de départements extérieurs au bureau du CISO, une part qui croît à un taux annuel composé de 24 %.

La pénurie de talents et les défis de la mixité
Malgré ces moyens accrus, le manque de personnel qualifié demeure l'obstacle majeur à la mise en place d'une posture de sécurité robuste. Accenture indique que 83 % des cadres informatiques identifient la pénurie de talents comme un frein critique. Les chiffres de l'ISC2 illustrent l'ampleur du défi, avec un déficit mondial de près de 4,8 millions de postes non pourvus dans le secteur de la cybersécurité entre 2023 et 2024. Parallèlement à cette crise des effectifs, la question de la mixité au sein des équipes de sécurité demeure un enjeu structurel. Si les femmes occupent environ 30 % des postes en cybersécurité à l'échelle mondiale, le plafond de verre reste particulièrement visible au niveau des directions.
Les femmes détiennent 17 % des postes de CISO au sein des organisations du Fortune 500, et seulement 12 % de l'ensemble des CISO sont des femmes. L'écart salarial persiste, bien que plus marqué dans le secteur privé, où les femmes perçoivent 83 % du salaire de leurs homologues masculins, contre 92,5 % dans les entreprises cotées en bourse. Un indicateur encourageant émerge toutefois : selon l'ISC2, les femmes sont plus susceptibles que leurs homologues masculins de déclarer une connaissance significative de l'intelligence artificielle et du machine learning, ce qui pourrait favoriser une féminisation accrue des postes de CISO dès 2027.
Face à ces défis, le recours aux fournisseurs de services managés (MSP) et de sécurité managée (MSSP) s'impose comme une solution de continuité, agissant comme des multiplicateurs de force pour les entreprises ne pouvant s'offrir un CISO à temps plein.
Le marché belge face à l'urgence de la protection
Ces tendances mondiales se traduisent par une vulnérabilité accrue des petites et moyennes entreprises qui sont l'épine dorsale de l'économie belge. Les données de Tech Xplore révèlent que quatre entreprises sur cinq ont été victimes d'une violation de données ou d'une attaque en 2025, soulignant l'urgence d'une protection adaptée. Contrairement aux grandes corporations, ces structures ne disposent que rarement d'un officier de sécurité dédié, les exposant directement aux conséquences financières et réputationnelles des cyberattaques. La pression réglementaire, portée par des textes comme NIS2, DORA et le Cyber Security and Resilience Act, accentue cette nécessité de structuration.
Les CISO belges doivent désormais naviguer entre ces exigences de conformité et la menace persistante des rançongiciels, dont le coût moyen de récupération s'élève à 1,5 million de dollars. À cela s'ajoute l'horizon du "Q-Day" ou "Y2Q", prévu autour de 2031, date à laquelle les ordinateurs quantiques pourraient compromettre les méthodes de chiffrement actuelles. Cette perspective impose aux dirigeants belges d'anticiper dès aujourd'hui la transition vers la cryptographie post-quantique, sous peine de voir leurs données stockées aujourd'hui être déchiffrées demain par des acteurs malveillants.
