4 coûts cachés d’une cyberattaque : de la remise en état des systèmes aux conséquences juridiques (podcast)
Qu’il s’agisse d’une boîte e-mail piratée, d’une attaque ransomware, d’un système informatique indisponible ou d’informations envoyées par erreur, le premier réflexe est d’évaluer l’impact financier du cyberincident sur base du montant dérobé ou des systèmes touchés. Or, dès que les processus critiques pour l’entreprise se figent, les coûts fixes, eux, continuent de s’accumuler. Stef Vermeulen, expert en cyberassurance et Country Manager de Stoïk, décrypte les 4 coûts cachés composant la facture globale d’une attaque.
La Belgique a enregistré 635 signalements d’incidents en 2025, soit près de 70 % de plus que l’année précédente, selon les derniers chiffres du Centre de cybersécurité de Belgique. La question de la cyberattaque concerne désormais toutes les organisations sans distinction. Autant dire qu’une bonne préparation peut faire toute la différence.
Stef Vermeulen, expert en cyberassurance et Country Manager de Stoïk Belgique souligne cette réalité sur base d’une étude internationale menée par IBM sur les fuites de données. « Les organisations disposant d’une équipe d’intervention formée et d’un plan d’intervention régulièrement testé déclarent des coûts moins élevés à la suite d’une fuite de données ». Mais, souligne l’expert, « la composition exacte de cette facture finale est souvent moins évidente qu’on ne le pense ». Sur base d’un rapport interne de la société Stoïk, Stef Vermeulen passe en revue quatre coûts cachés liés aux cyberincidents pour les PME.

Les 4 coûts cachés composant la facture globale d’une attaque
1-Arrêts et retards
Un cyberincident peut perturber le fonctionnement quotidien d’une entreprise en très peu de temps. Suite à l’attaque, les collaborateurs ne peuvent plus accéder aux systèmes essentiels, ce qui entraîne un arrêt temporaire des activités, des retards dans la prestation de services ou l’arrêt de la production et des livraisons. Pendant ce temps, les frais fixes continuent de courir normalement. L’impact financier peut donc rapidement s’alourdir, même si la perte directe reste limitée. Plus les processus critiques pour l’entreprise sont perturbés longtemps, plus l’incident pèse lourdement sur la continuité des activités.
Une intervention rapide peut limiter l’impact d’un cyberincident, mais n’en supprime pas pour autant les conséquences financières. La société Stoïk estime le préjudice moyen pour les entreprises réalisant un chiffre d’affaires annuel de 25 millions d’euros entre 58.000 et 92.000 euros, selon le secteur, même lorsque la réponse à l’incident est lancée dans l’heure suivant l’attaque.
2. Enquête et restauration du système
La résolution d’un cyberincident ne se limite pas à la remise en ligne des systèmes. Les experts en cybersécurité doivent d’abord déterminer comment les attaquants ont pu s’introduire dans le système, quels systèmes ont été touchés et s’il est sûr de les redémarrer. Cela demande du temps et des effectifs. Dans le cas des incidents liés à des ransomwares traités par Stoïk en 2025, les enquêtes ont duré en moyenne 10,3 jours et 18 jours pour la reconstruction des systèmes.
Les coûts cachés résident également dans les heures de travail supplémentaires pour remettre les systèmes en ordre. En 2025, la charge de travail liée à la reconstruction des systèmes d’information a augmenté de 23,4 %, tandis que les experts en cybersécurité ont consacré 49,5 % de temps en plus à l’enquête. Cet effort s’ajoute au travail quotidien des équipes informatiques internes et des éventuels spécialistes externes.

3. Atteinte à la réputation et confiance des clients
Lors d’attaques par ransomware, l’impact ne se limite souvent pas aux systèmes eux-mêmes. Les cybercriminels volent des données, menacent de les divulguer ou vont même jusqu’à contacter directement les clients, les fournisseurs ou les collaborateurs pour accentuer la pression. De ce fait, un incident peut continuer à avoir des répercussions même après la remise en état technique. Les entreprises doivent répondre aux questions, rassurer leurs clients et expliquer clairement comment elles gèrent les risques futurs. Cela nécessite du temps et des efforts de communication supplémentaires, tandis que l’atteinte à la réputation peut également avoir des conséquences commerciales si les clients ou les partenaires perdent confiance.
4. Conséquences juridiques
Un cyberincident peut également avoir des conséquences juridiques. Lorsque des données à caractère personnel sont concernées, le RGPD s’applique et l’entreprise doit vérifier quelles sont les obligations qui lui incombent. En Belgique, l’Autorité de protection des données veille au respect des règles en matière de protection des données.
Pour les organisations relevant, par exemple, de la loi NIS2, des exigences supplémentaires peuvent s’appliquer en matière de gestion et de signalement des incidents. Des experts juridiques et en protection de la vie privée doivent donc aider à déterminer quelles données sont concernées, quelles mesures sont nécessaires et si l’incident doit être signalé. Ce suivi nécessite lui aussi du temps et de l’expertise, souvent alors que la remise en état technique bat encore son plein.
Une bonne préparation permet de gagner un temps précieux
Pour Stef Vermeulen, il va de soi que « la gestion des cyberrisques est un élément essentiel de la gestion quotidienne de toute entreprise, quelle que soit la taille de l'organisation. Les entreprises ont tout intérêt à recenser leurs processus critiques, à définir les responsabilités et à déterminer les compétences internes et externes dont elles ont besoin ». Cela inclut également des tests réguliers des sauvegardes et des plans d’urgence. « Ainsi, en cas d’incident, aucun temps précieux n’est perdu en discussions et en répartition des rôles, et l’entreprise peut se concentrer plus rapidement sur l’essentiel : stopper l’attaque, rétablir les processus clés et limiter les dommages supplémentaires », conclut le spécialiste.


