Fraude bancaire : le secteur financier belge se dote d’une défense collective
Une petite révolution secoue la Belgique dans la lutte contre la cybercriminalité. Le fournisseur de solutions financières Isabel lance TILDA, une infrastructure mutualisée inédite destinée à lutter contre les réseaux criminels de plus en plus organisés. Son objectif : adopter un langage commun et permettre aux institutions financières de partager des signaux vérifiés en temps réel. Désormais, les banques utiliseront un cadre commun pour documenter les incidents. Explications avec Tim Van der Wee, CTO chez Isabel.
Dans le paysage actuel de la cybercriminalité, les fraudeurs ont une longueur d'avance en exploitant les failles de communication entre les institutions. Lorsqu'une victime est ciblée, le processus commence généralement bien avant l'opération bancaire par un appel téléphonique, un faux message ou une publicité malveillante. La banque de la victime ne voit que le paiement, tandis que celle du bénéficiaire ne voit que l'arrivée des fonds.
Pris isolément, ces éléments sont invisibles. Ensemble, ils révèlent un schéma criminel. C’est pour combler ce vide informationnel qu’Isabel, l’architecte historique des connexions sécurisées entre institutions financières, a décidé de lancer TILDA.
Une défense unifiée grâce à un langage commun
Les experts en cybersécurité le confirment : la première barrière à la lutte contre la fraude est sémantique. Si chaque banque utilise ses propres définitions pour qualifier une attaque, la collaboration demeure impossible. C’est donc pour renverser cette situation que TILDA introduit un langage standardisé.
Désormais, les institutions financières utiliseront un cadre commun pour documenter les incidents : le « type de fraude » (phishing, usurpation d'identité, fraude à l'investissement), ainsi que la méthode concrète utilisée. Cette standardisation doit permettre de relier des dossiers qui, jusqu'ici, semblaient déconnectés, et de mettre au jour des réseaux criminels complexes.
L’arme fatale pour contrer les « comptes mules » ?
L'application la plus concrète de TILDA concerne la traque des comptes mules. Lorsqu'une institution détecte une transaction suspecte, elle peut contacter l'organisme du bénéficiaire via la plateforme pour examiner le compte. Si celui-ci est confirmé comme étant un compte mule, une alerte est immédiatement diffusée aux autres institutions participantes.
Cette réactivité devrait permettre de bloquer les fonds avant qu'ils ne soient transférés vers d'autres réseaux, comblant ainsi les lacunes d'information qui profitaient jusqu'ici aux fraudeurs.
Une infrastructure ouverte à l'écosystème de la cybersécurité
Bien que TILDA soit conçue pour le secteur financier, Isabel voit plus loin. La plateforme se veut une infrastructure neutre et sécurisée, capable d'intégrer des partenaires de confiance au-delà du monde bancaire. L'ambition est d'inclure des opérateurs télécoms, des fournisseurs de logiciels d'accès à distance, des plateformes numériques et, surtout, le Centre pour la Cybersécurité Belgique (CCB).
« Ces acteurs détiennent des signaux cruciaux, comme les informations sur un changement récent de carte SIM, détection d'usurpation téléphonique (spoofing) ou usage suspect de logiciels d'accès à distance. En centralisant ces données, TILDA permet de neutraliser plus efficacement les infrastructures criminelles, comme les sites web frauduleux ou les numéros de téléphone malveillants », explique Tim Van der Wee, CTO chez Isabel.
Anticiper les obligations européennes
Ce projet n'est pas seulement une initiative sectorielle. Il s’agit d’une réponse proactive aux futures exigences européennes. Le nouveau Payment Services Regulation imposera bientôt aux prestataires de services de paiement un échange d'informations renforcé. TILDA permet ainsi aux institutions financières belges de prendre une longueur d'avance en traduisant ces futures obligations en processus opérationnels concrets et sécurisés.
« La lutte contre la fraude commence par le fait de parler le même langage », confirme Tim Van der Wee, CTO chez Isabel. « Ce n’est qu’en partageant rapidement, de manière sécurisée et standardisée ces informations que les institutions pourront détecter plus vite de nouvelles formes de fraude. »
Alors que les premières institutions testent actuellement l'environnement, un projet-pilote en conditions réelles est attendu pour le quatrième trimestre 2026. Gageons qu’avec l’arrivée de TILDA, le secteur financier belge ne se contentera plus de subir la fraude, mais pourra enfin s'organiser efficacement pour la neutraliser à la source.
SAVE THE DATE - October 15, 2026 Hi Site, Grimbergen (Brussels)
