L’IA s’introduit dans la décision. Le nouveau défi de gouvernance des responsables sécurité
Les salariés belges sont parmi les plus performants d’Europe dans l'adoption de l'IA, avec 62 % d'entre eux signalant une accélération notable de leur productivité. Mais derrière cette dynamique positive révélée par l'étude de Workday, « The Copy/Paste Economy », se cache un défi majeur pour les responsables de la sécurité : l'intégration profonde de l'IA dans les systèmes de gestion critiques. Pour les RSSI, cette « économie du copier-coller » sonne comme une alerte. Explications.
La nouvelle étude Workday révèle qu'en Belgique, 19 % des salariés utilisent déjà l'IA de manière profondément intégrée aux systèmes de gestion des entreprises. Si cette automatisation réduit le temps passé sur les tâches administratives chronophages, elle augmente également le niveau du risque.
Pour un responsable cybersécurité, l'intégration de l'IA dans les systèmes RH et financiers signifie que les « centres névralgiques » de l'entreprise sont désormais manipulés par des algorithmes. Ce qui renvoie à la question de la sécurité. Une compromission au niveau de ces flux de travail automatisés peut permettre à un attaquant d'accéder à des données hautement sensibles ou de manipuler des processus métier critiques sans intervention humaine.

Le risque majeur de l'économie du "Copier-Coller"
Le titre de l'étude, « The Copy/Paste Economy », est révélateur pour les experts de la sécurité. En effet, lorsque les employés utilisent l'IA pour traiter des informations, le réflexe du "copier-coller" de données sensibles dans des outils d'IA publics ou non gouvernés devient une réalité quotidienne.
Ce comportement expose les organisations à des fuites de données massives. Dès lors, si les données ne sont pas traitées dans un environnement sécurisé, avec des garde-fous appropriés, la propriété intellectuelle et les données personnelles se retrouvent exposées.
Le défi pour les responsables sécurité est donc de mettre en place des solutions de DLP (Data Loss Prevention) capables de suivre ces flux de données, même lorsqu'ils sont manipulés par des agents IA.
La confiance par les données : un impératif de sécurité
L'étude souligne que 79 % des répondants estiment que l'IA renforce la confiance dans les décisions lorsque les salariés peuvent se fier aux données et aux systèmes. En cybersécurité, cette "confiance" est surtout synonyme d'intégrité.
Une IA qui s'appuie sur des données imprécises ou non sécurisées est une IA vulnérable au « data poisoning » ou à la manipulation. Pour les professionnels de la sécurité, cela signifie que la gouvernance des données devient une composante essentielle de la cybersécurité qu'il convient d'auditer et de protéger contre toute altération.
En entrant dans les processus de prise de décision, l'IA élève le niveau de responsabilité des experts de la sécurité. Le véritable défi pour les RSSI et DSI n'est donc plus technologique mais stratégique.
Comment les RSSI et DSI belges doivent passer à la gouvernance active
Pour transformer le bond de productivité en résilience durable, les responsables IT comprendront qu'il devient crucial de sécuriser les flux de travail en profondeur et non de se contenter de verrouiller les outils d'IA. Autrement dit, il devient primordial de sécuriser les processus métier eux-mêmes en appliquant le principe du moindre privilège aux agents IA qui interagissent avec les systèmes RH et financiers.
Parallèlement, le déploiement d'une gouvernance de l'IA doit être adapté au contexte de l'entreprise. Les responsables cyber sec devront à l'avenir définir des politiques claires sur les données autorisées au "copier-coller" et proposer des alternatives sécurisées pour endiguer le recours aux outils publics non maîtrisés. Le recours à des solutions de sécurité comme le CASB ou le XDR devra être encourager pour monitorer en temps réel les interactions entre utilisateurs, données sensibles et les outils d'IA, car la visibilité est la première étape indispensable de toute stratégie de protection.
Enfin, le facteur humain ne peut plus être néglige. Le stress lié à des processus complexes pousse souvent les employés vers des raccourcis dangereux. Il est donc conseillé de simplifier les processus légitimes pour réduire la tentation d'utiliser des outils d'IA non autorisés et d'éduquer les équipes sur les risques réels.
En résumé, si l'IA est un levier de productivité indéniable pour les entreprises belges, elle impose une rigueur accrue. La mission des RSSI ne consistera pas à freiner son adoption, mais bien d'intégrer l'IA dans un cadre de gouvernance solide où la sécurité est pensée dès la conception des flux de travail.