Souveraineté : pourquoi l'Europe doit bâtir son propre empire numérique

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Souveraineté : pourquoi l'Europe doit bâtir son propre empire numérique
Simon Paris, CEO de Unit4, propose un plan d'action pour construire une industrie numérique européenne souveraine

L'Europe fait face à une population vieillissante et une main-d'œuvre en contraction. Pour maintenir sa croissance économique sans sacrifier ses services publics, le Vieux Continent dispose d'un levier majeur : le logiciel. Mais cette productivité ne peut plus dépendre exclusivement de solutions étrangères. Pour garantir sa souveraineté numérique et sa cybersécurité, nous devons bâtir impérativement notre propre industrie logicielle. Une analyse de Simon Paris, CEO de Unit4, qui se double d’un plan d’action en 4 étapes.

 L’Europe vieillit. Les dépenses de santé et de retraites augmentent, tandis que la population active devrait rétrécir dans 22 des 27 États membres de l'UE. De moins en moins de travailleurs financent des services publics de plus en plus coûteux. Si les États membres ne trouvent pas de nouveaux moyens de stimuler la croissance économique, nous devrons augmenter la dette publique, réduire les dépenses publiques, voire les deux.

Comment dès lors générer de la croissance avec une population active en baisse ? La réponse de Simon Paris, CEO de Unit4, repose "sur le logiciel qui est notre principal moteur de productivité depuis une génération". 

Mais à l’heure de la redistribution des cartes entre grandes puissances concurrentes, la question de l'origine des outils technologiques devient une priorité stratégique.

 La souveraineté logicielle, un impératif de sécurité

 Dans un contexte de tensions géopolitiques décuplées, la dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis ou de la Chine n'est plus seulement un risque économique, c'est une vulnérabilité sécuritaire.

« La cybersécurité ne se limite pas à la protection des données ; elle repose sur la maîtrise de l'infrastructure. Utiliser des logiciels conçus hors des frontières européennes, c'est accepter une dépendance aux standards, aux politiques de mise à jour et, potentiellement, aux failles de sécurité définies par des puissances étrangères », explique Simon Paris. 

Dès lors, une industrie logicielle européenne forte devient le seul rempart capable de garantir que les outils critiques -de la gestion des données de santé aux systèmes de défense- respectent les valeurs et les régulations européennes (RGPD, NIS2).

 Suivre le modèle Airbus pour le logiciel

 L'Europe a beau afficher un certain retard sur les États-Unis et la Chine, cela ne signifie pas que la course au logiciel est perdue. Simon Paris dégaine l'exemple d'Airbus. "L'Europe a jadis considéré son industrie aéronautique comme une priorité stratégique face à des acteurs établis comme Boeing. Le projet Airbus est né de cette volonté politique et industrielle".

Aujourd'hui, le secteur du logiciel doit suivre la même trajectoire. "Si l'Europe possède les ingrédients nécessaires, comme une main-d'œuvre hautement qualifiée, une infrastructure de classe mondiale et un marché unique, il lui manque encore la conviction que le logiciel est une infrastructure critique au même titre que l'énergie ou les transports". 

Malheureusement, souligne le CEO d’Unit 4, les critères d'achat des entreprises et des gouvernements privilégient trop souvent le coût immédiat et la rapidité, au détriment de l'indépendance stratégique à long terme.

Pour Airbus, la question n'était pas de savoir qui construisait le meilleur avion à ce moment-là, mais si l'Europe voulait disposer de cette capacité en propre. Il en va de même aujourd'hui pour le logiciel.

Là où l'offre européenne est encore insuffisante réside une opportunité de co-développement. En faisant appel à un acteur européen qui ne propose pas encore toutes les fonctionnalités requises, les entreprises contribuent à bâtir celles dont le marché a besoin.

 Un plan d'action pour l'autonomie numérique

Pour transformer cette vision en réalité, Simon Paris propose des changements structurels profonds, articulés autour de plusieurs axes :

 -Intégrer les fournisseurs européens : Les appels d'offres publics doivent systématiquement inclure des alternatives européennes. Il ne s'agit pas de protectionnisme aveugle, mais de favoriser une concurrence saine qui renforce l'écosystème local.

 -Le secteur public comme moteur : Les gouvernements doivent réinvestir l'argent des contribuables dans des entreprises technologiques européennes, agissant ainsi comme des investisseurs de premier plan.

 -Réduire la friction réglementaire : Le rythme effréné de l'IA exige une harmonisation rapide des règles en matière de droit du travail, de fiscalité et de création d'entreprises pour permettre aux startups européennes de passer à l'échelle.

 -Unifier les marchés de capitaux : Pour rivaliser avec les géants mondiaux, l'Europe doit briser la fragmentation de ses marchés financiers afin de faciliter le financement du talent technologique local.

 Prendre des risques pour garantir l'avenir

 Le défi démographique laisse peu de marge de manœuvre. Soit l'Europe accepte une érosion de ses services publics et une augmentation de sa dette, soit elle mise sur une productivité accrue par le logiciel souverain.

La solution ne viendra pas de l'imitation, mais de l'ambition. En acceptant de prendre davantage de risques et en soutenant activement ses propres champions technologiques, l'Europe peut non seulement sécuriser son économie, mais aussi affirmer sa place dans le paysage numérique mondial. La souveraineté logicielle n'est plus une option, c'est la condition sine qua non de la résilience européenne de demain.

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