Vos données sont volées pour alimenter de futures arnaques

Une cyberattaque ne prend pas fin avec la restauration des systèmes. Au contraire, les organisations doivent considérer les fuites de données comme le début d’une période à risque. Explications avec Olaf Passchier, expert en fraudes et IA chez SAS.
On considère souvent qu’une cyberattaque est terminée dès que la fuite a été colmatée, que les systèmes ont été restaurés et que les personnes concernées ont été informées. En réalité, pour les criminels, l’action ne fait que commencer.
« Nous constatons de plus en plus souvent que les données volées des clients sont combinées à d’autres sources et sont utilisées dans le cadre de phishing, de prises de contrôle de comptes, d’usurpations d’identité et de transactions financières », explique Olaf Passchier, expert en fraudes et IA chez SAS. Un constat qui le pousse à mettre en garde les entreprises.
De la fuite de données à la fraude
Selon Europol, la fraude est l’un des terrains les plus dynamiques dans le crime organisé. Les réseaux criminels s’organisent en véritables industries transfrontalières équipées de services techniques, logistiques et financiers. Grâce au Crime-as-a-Service, les pirates peuvent accéder facilement aux systèmes, aux données volées, aux outils de phishing, ainsi que se procurer ou déléguer des parties du règlement financier.
« La cybercriminalité est un modèle économique au sein d’un écosystème criminel plus large », analyse Olaf Passchier. « Derrière le phishing, la prise de contrôle de compte et l’usurpation d’identité se cachent des réseaux criminels qui ne s’arrêtent pas aux délits numériques, mais peuvent également être impliqués dans la traite d’êtres humains, le trafic de drogue, les abus en tout genre et l’exploitation. »
Cette interconnexion implique de nouvelles stratégies pour s’y attaquer. « Les équipes de cybersécurité, fraude, KYC et AML ne peuvent pas s’échanger leurs informations uniquement lorsque les choses tournent mal. Elles doivent se mettre d’accord au préalable sur ce qu’elles partagent, et comment elles réagissent », développe l’expert chez SAS.
De plus, « un cyberincident ne doit pas être évalué à la seule lumière des dégâts techniques et opérationnels immédiats. Les futurs risques de fraude des données volées doivent également être analysés ».
Des données utilisées longtemps après la fuite
Une fuite de données ne doit pas être considérée comme un événement isolé. Les informations de compte, les documents d’identité, les coordonnées bancaires et les informations médicales peuvent être exploités longtemps après la fuite. « Un mot de passe peut être modifié, mais pas une date de naissance ou une copie d’un document d’identité, explique Olaf Passchier. « Par ailleurs, les données provenant de différentes sources peuvent être regroupées pour créer un profil crédible grâce auquel les criminels répondent à des questions de sécurité, envoient du phishing ciblé ou se font passer pour un client ou un gérant. »
SAVE THE DATE - December 10, 2026 Royal Hotel, Luxembourg
D’ailleurs, l’organisation à laquelle les données ont été volées n’est pas toujours l’organisation dans laquelle l’abus ultérieur sera constaté. Par exemple, les données qui fuitent chez un détaillant, un établissement de santé ou une agence de voyages peuvent être utilisées ailleurs pour prendre le contrôle d’un compte, demander un crédit ou effectuer une transaction frauduleuse. Tandis que l’organisation touchée ne se rend généralement pas compte de la suite des événements, celle qui détecte la fraude n’est souvent pas au courant que les données avaient été volées précédemment. Les deux organisations ne perçoivent qu’une infime partie de la chaîne criminelle prise dans son ensemble. Selon le Centre pour la cybersécurité Belgique (CCB), la compromission de comptes constituait la plus grande menace dans 144 cas en 2025.
« Les organisations doivent traiter une fuite de données comme le début d’une période à risque. Dès que les organisations constatent qu’un compte ou une identité a été compromis, elles doivent le signaler aux équipes responsables de l’acceptation client, de la détection des fraudes et du monitoring des transactions. Cela peut être l’occasion de suivre un compte plus rigoureusement ou d’effectuer des contrôles supplémentaires en cas d’opérations risquées », détaille Olaf Passchier.
4 conseils pour mieux gérer les risques après une fuite de données
Il est primordial de combiner les signaux divers et pas uniquement l’ensemble des données. Olaf Passchier livre quelques conseils supplémentaires pour gérer les risques après une fuite de données :
-Combinez les analyses de données et de réseaux : les relations entre les comptes, appareils, adresses, numéros de téléphone et paiements peuvent révéler une activité anormale. Les organisations doivent identifier de tels liens en amont et mieux distinguer un comportement normal du client et une usurpation d’identité.
-Collaborez avec d’autres organisations : les signaux de risques pertinents doivent pouvoir être partagés sans divulguer inutilement les données personnelles associées. Souvent, un signal limité et sécurisé qu’un compte ou une identité a été compromis peut déjà suffire pour justifier des contrôles supplémentaires.
-Pratiquez la minimisation de données : les données qui ne sont pas nécessaires ne sont pas conservées, et ne peuvent donc pas être divulguées. La minimisation de données constitue la première ligne de défense.
-Ne confiez pas cette responsabilité à une seule et unique équipe spécialisée : le cyberrisque, la fraude et la confidentialité sont intrinsèquement liés. L’administrateur responsable de l’aperçu global des risques (souvent le chief risk officer) doit veiller à ce que les signaux soient partagés et débouchent sur des mesures.
Et à Olaf Passchier de conclure : « tant que les organisations organisent leur défense au sein de limites internes et organisationnelles, les criminels conservent une longueur d’avance. Un cyberincident n’est résolu que lorsque les organisations ont non seulement colmaté la fuite, mais se sont aussi préparées à ce qu’il peut se produire par la suite avec les données ».

