Alerte UEFI : des vulnérabilités dans les « shims » compromettent le démarrage sécurisé des appareils dans le monde
Des experts chez ESET Research ont découvert une vulnérabilité structurelle majeure. Onze applications de démarrage (shims) UEFI, pourtant signés par Microsoft, permettent de contourner le Secure Boot sur une vaste majorité de systèmes. Une faille qui ne nécessite aucune technique d'exploitation complexe, mais qui offre aux attaquants un accès privilégié avant même le chargement de l'OS. Explications.
C’est une découverte qui rappelle aux équipes sécurité que la confiance numérique est une chaîne dont la solidité dépend de son maillon le plus faible. Les chercheurs d'ESET ont identifié 11 chargeurs de démarrage UEFI (les fameux shims) vulnérables, tous signés par l'autorité de certification Microsoft Corporation UEFI CA 2011. Ces binaires, bien qu'obsolètes, sont toujours acceptés comme "légitimes" par le firmware des cartes mères, permettant de contourner le Secure Boot et d'exécuter du code non fiable dès le démarrage.
Analyse d'une menace qui place le firmware au cœur des préoccupations des RSSI
Pour comprendre l'ampleur du problème, rappelons qu’un shim agit comme un "pont" de confiance. Le Secure Boot est conçu pour empêcher l'exécution de tout code non signé par le fabricant ou Microsoft. Cela posait un problème pour les systèmes d'exploitation tiers (comme Linux), car Microsoft ne pouvait pas signer chaque mise à jour du noyau. Le shim a été créé pour résoudre ce dilemme : le firmware UEFI vérifie la signature du shim (signée par Microsoft). Le shim est autorisé à démarrer. Une fois lancé, il vérifie à son tour la signature du système d'exploitation (le noyau Linux).
Le shim crée donc une chaîne de confiance. Le problème ici ? Les attaquants utilisent d'anciennes versions de ces "ponts" (versions 0.9 et inférieures) qui contiennent des failles de sécurité connues. Comme ces anciens ponts sont toujours signés par Microsoft, l'ordinateur les laisse passer, ignorant qu'ils sont obsolètes et dangereux.
Un véritable "cauchemar" pour les RSSI
Cette découverte inquiète les experts pour trois raisons fondamentales :
-L'invisibilité totale : l'attaque se produit avant que le système d'exploitation ne démarre. À ce stade, votre EDR, votre antivirus ou vos outils de surveillance ne sont pas encore actifs. L'attaquant a les pleins pouvoirs sur la machine sans être détecté.
-La persistance (Bootkits) : une fois le contrôle pris au démarrage, l'attaquant peut déployer un bootkit. Ce type de malware est extrêmement difficile à éradiquer, car il se loge dans le firmware de la carte mère. Une réinstallation de Windows ne suffit pas à le supprimer.
-La simplicité d'exploitation : c'est le point le plus critique. Il ne s'agit pas d'une faille nécessitant un exploit complexe. C'est une variante du Bring Your Own Vulnerable Driver (BYOVD) appliqué au firmware. L'attaquant n'a qu'à déployer une copie d'un ancien fichier binaire vulnérable sur la machine cible. Le firmware, faisant aveuglément confiance à la signature Microsoft, exécute le code malveillant.
Qui est réellement concerné ?
La réponse est simple : la quasi-totalité du parc informatique mondial. Il ne s'agit pas d'une attaque ciblée sur un logiciel spécifique. La vulnérabilité concerne tout système UEFI faisant confiance au certificat Microsoft Corporation UEFI CA 2011. Que vous soyez une administration, une PME ou une multinationale, si vos machines ne sont pas à jour, elles sont exposées.
La seule exception notable concerne les PC récents certifiés "Windows 11 Secured-core", où cette option est désactivée par défaut. Mais pour le reste du parc (serveurs, portables, postes de travail), la vulnérabilité est bien réelle.
Comment se protéger ?
La bonne nouvelle est que Microsoft a déjà procédé à l'annulation (révocation) des signatures de ces binaires vulnérables. Cependant, la protection n'est pas automatique si les systèmes ne sont pas mis à jour.
Assurez-vous que les mises à jour Windows sont déployées. Celles-ci incluent les listes de révocation UEFI (DBX) mises à jour qui bloquent l'exécution de ces shims obsolètes. Les correctifs Linus sont disponibles via le service Linux Vendor Firmware (LVFS).
Vérifiez l'état du Secure Boot sur votre parc et assurez-vous que les listes de révocation (DBX) sont bien appliquées sur vos serveurs et postes de travail.
Cette découverte souligne une fois de plus que la sécurité du firmware est un maillon critique. La gestion des signatures numériques ne s'arrête pas à la signature initiale ; elle exige une maintenance rigoureuse des listes de révocation sur l'ensemble du parc informatique. Pour les équipes sécurité, le message est clair : le firmware n'est plus une "boîte noire" que l'on peut ignorer.