Comment les agents IA menacent la sécurité de la chaîne logistique

L'intelligence artificielle agentique redéfinit les frontières du risque cyber au cœur des systèmes d'information critiques. Dans la chaîne d'approvisionnement, le passage d'outils d'aide à la décision vers des systèmes autonomes capables d'exécuter des actions métier introduit une vulnérabilité systémique : la propagation d'effets incontrôlés et l'élargissement de la surface d'attaque. Une analyse de Bart Van der Biest, directeur général de SAP Benelux.
L’intelligence artificielle ne se contente plus de suggérer des choix ou d’analyser des tableaux de bord. Les agents autonomes prennent désormais le relais au cœur des chaînes logistiques pour évaluer des imprévus, ajuster des plannings, lancer des commandes ou réorienter des flux de transport. Cette évolution rapide pose un nouveau défi aux entreprises en matière de contrôle de la sécurité de ces systèmes.
Pour Bart Van der Biest, directeur général de SAP Benelux, la véritable difficulté réside dans l’écosystème qui encadre ses actions. « Créer un agent n’est plus si compliqué. La complexité réside surtout dans la sécurité, les autorisations, la gouvernance, mais aussi dans les plateformes permettant aux agents de collaborer de manière contrôlée. »
« L'autonomie décisionnelle fragmentée génère un risque d'amplification des erreurs comparable à l'effet « bullwhip » en gestion de flux. Un agent peut contourner des exigences de conformité ou sélectionner des tiers non certifiés ».

Une rupture radicale pour les responsables de la sécurité
L'intégration d'agents IA capables d'évaluer de manière autonome des contextes opérationnels, d’effectuer des commandes ou de reconfigurer des flux logistiques transforme radicalement la modélisation des menaces. « Jusqu'à présent, les agents étaient confinés au rôle d'assistants analytiques, mais aujourd’hui, ils disposent de droits d'écriture et de déclenchement au sein des ERP et des plateformes transactionnelles », explique Bart Van der Biest.
Le danger majeur vient donc des décisions prises en vase clos. Si un agent cherche uniquement à résoudre une rupture de stock au plus vite, il peut être tenté de choisir un fournisseur moins cher mais dépourvu des certifications requises. Pire encore, lorsque plusieurs agents automatisés réagissent en chaîne aux actions des uns et des autres, une petite anomalie au départ peut provoquer des perturbations massives en bout de ligne, à l'image du célèbre effet coup de fouet.
Cap vers la transparence opérationnelle
Pour éviter ces dérives, les entreprises devront à l’avenir orchestrer leurs outils de bout en bout plutôt que d'empiler des solutions isolées.
L'architecture de sécurité doit imposer des limites d'exécution strictes, des mécanismes d'arbitrage face à des décisions contradictoires et une journalisation exhaustive.
Cela suppose d'ancrer les modèles dans la réalité du métier grâce à des règles claires, en leur donnant accès aux contrats, aux stocks réels et aux habilitations en vigueur. La transparence devient alors le maître-mot, comme le rappelle Marcel Bron, responsable de la supply chain chez SAP Benelux : « On doit pouvoir retracer tout ce qui est fait. »
L'autonomie ne signifie donc pas l'absence de garde-fous. « L'objectif n'est pas de confier les clés de l'entreprise à des algorithmes en roue libre, mais de leur déléguer des tâches opérationnelles précises à l'intérieur d'un périmètre strictement surveillé. Les équipes humaines conservent le rôle clé : fixer les limites, arbitrer les cas imprévus et garantir la cohérence globale des décisions ».
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