Combell, delaware et imec unissent leurs expertises et lancent l'European Sovereign AI Cloud

Face à l'adoption incontrôlée de l'IA en entreprise et aux impératifs de conformité réglementaire (AI Act, NIS2, DORA), trois fournisseurs technologiques belges s'associent pour proposer une alternative souveraine basée sur le projet "European Sovereign AI Cloud" (ESAI). Avec l’ambition de combiner gouvernance centralisée, infrastructure européenne dédiée et optimisation des coûts liés à l'usage de l'IA. Explications.
L'utilisation de l'intelligence artificielle au sein des organisations a dépassé les capacités de contrôle des départements IT et sécurité. Selon des données récentes, près de la moitié des employés utilisent l'IA générative via des comptes personnels, échappant ainsi aux politiques de sécurité de l'entreprise. Cette tendance du Shadow AI, couplée à une explosion des coûts opérationnels des agents d'IA, place les responsables en cybersécurité face au défi majeur de la souveraineté des données.
"Shadow AI" et impératif de gouvernance
C’est dans ce contexte tendu que les sociétés Combell, delaware et imec ont signé une déclaration d'intention pour lancer l'European Sovereign AI Cloud, une offre qui « propose aux organisations un parcours contrôlé vers une infrastructure d'IA privée en Europe ».
Les trois partenaires IT belges prennent chacun en charge une partie de l'offre : delaware cartographie l'utilisation de l'IA au sein d'une organisation et gère ensuite l'environnement. De son côté, Combell fournit la capacité GPU via des centres de données européens. Tandis qu’imec se charge d’optimiser l'implémentation des modèles d'IA sur la base des documents et des tâches des clients, plutôt que de se fier uniquement aux benchmarks standards.

Pour les responsables de ces entreprises, l'interdiction pure et simple des outils d'IA n'est plus une stratégie viable. « Les coûts de l'IA peuvent grimper inaperçus, tandis que les employés utilisent parfois des outils personnels qui font sortir les données de l'entreprise de son contrôle. Interdire cette utilisation sans proposer d'alternative n'est pas une réponse réaliste. Les entreprises doivent offrir à leurs collaborateurs une alternative sûre et utilisable, avec la politique et la gouvernance nécessaires », explique Bart Van Kerkhoven chez delaware. C'est donc pour répondre à ce besoin de contrôle que le partenariat a vu le jour.
Explosion des coûts de l’IA en entreprise
De nombreuses études insistent sur le fait que les employés utilisent massivement l'IA générative via un compte personnel (chiffres cybersécurité Netskope). D'après l'entreprise technologique Flexera, plus d'un tiers des organisations ne soumettent pas l'utilisation de l'IA à un budget. Alors que le cabinet d'études Gartner prévoit que les coûts des tâches exécutées par des agents d'IA seront multipliés par plus de cinq d'ici 2028.
Benjamin Jacobs, directeur chez delaware, revient sur la genèse du projet ESAI. « Lorsque nous avons vu les coûts de nos outils d'IA augmenter de manière exponentielle, nous avons décidé de construire notre propre infrastructure d'IA avec Combell et imec. L'étape logique suivante était de proposer la même solution aux clients confrontés à des défis similaires. »
Et de fait, l'utilisation de l'IA au sein de l'entreprise delaware a augmenté en moyenne de 41 % par mois entre mai et août 2026 !
Le nouveau partenariat s'appuie sur une base de confiance. Benjamin Jacobs a été CTO de Combell pendant plusieurs années et a ensuite dirigé Sentia, une spin-off de Combell spécialisée dans les services gérés pour les grandes entreprises. Après le rachat de Sentia, il a rejoint delaware avec quinze anciens collègues, dans le cadre de l'investissement continu de delaware dans les services gérés.
Une passerelle unique pour l'IA
La passerelle IA (AI gateway) de delaware est un point d'accès central situé en amont des outils d'IA d'une organisation. Toutes les requêtes des employés, des applications et des agents d'IA passent par cette passerelle.
« En fonction de la politique de l'organisation, la passerelle peut supprimer les données personnelles, surveiller les budgets par équipe, tenir un journal d'audit et transmettre chaque requête vers l'environnement d'IA privé de l'organisation ou vers un modèle externe. Ainsi, le CFO, le CIO et le CISO obtiennent une vision partagée de l'utilisation de l'IA, et les organisations peuvent plus facilement démontrer leur conformité à l'AI Act, à la directive NIS2 et au règlement DORA ».

Les entreprises n'ont ponc pas besoin de renoncer aux services d'IA qu'elles utilisent déjà. La passerelle ajoute une couche de contrôle et ouvre une voie vers une capacité privée lorsque la sensibilité, l'échelle ou la prévisibilité de la charge de travail le justifient.
Capacité GPU dans des centres de données européens
Les charges de travail d'IA privées tourneront sur des serveurs GPU dédiés que Combell gère dans des centres de données européens.
« Les clients veulent savoir où tourne leur IA et ce qu'elle coûtera une fois que toute l'organisation l'utilisera. Notre réponse est concrète : des GPU propres dans des centres de données européens et une capacité prévisible pour l'IA privée », précise de son côté Simon Van der Heyden, managing director de Combell.
Pour rappel, Combell (qui fait partie de team.blue) possède des centres de données sur plus de 30 sites européens. Les clients peuvent ainsi faire tourner leur infrastructure à proximité immédiate de leurs processus métier.
« De nombreux clients nous confient déjà aujourd'hui leur infrastructure critique. Lorsque leurs équipes travaillent quotidiennement avec l'IA, elles veulent que ce soit organisé de la même manière : une équipe qui gère tout 24h/24 et 7j/7, des coûts prévisibles et des données qui restent en Europe, sous juridiction européenne », explique Jonas Dhaenens, fondateur et président de team.blue.
Testé et approuvé par les clients en Belgique
« L'environnement privé fonctionne sur des modèles d'IA librement disponibles. Les clients ne sont pas liés à un seul modèle et peuvent changer dès que de nouveaux modèles plus performants sont disponibles », explique l’entreprise.
Imec déploie son expertise sur l'ensemble de la pile IA pour optimiser les modèles et l'infrastructure en fonction des charges de travail propres à chaque client.
« La souveraineté signifie que vous pouvez choisir vous-même. Mais le choix du bon modèle d'IA et de la bonne infrastructure ne doit pas être une devinette. Nous testons différents modèles sur les charges de travail réelles de chaque client et optimisons leurs performances sur l'infrastructure sous-jacente. En unissant nos forces en Flandre, nous pouvons mettre ces possibilités sur le marché plus rapidement et contribuer à construire un écosystème d'IA local plus fort », confirme Steven Latré, VP Artificial Intelligence chez imec.
Une alternative crédible aux plateformes d’IA américaines
Autrement dit, les trois partenaires IT couvrent désormais chaque couche dont les organisations ont besoin pour reprendre le contrôle de l'IA : gouvernance et gestion par delaware, infrastructure GPU hébergée en Europe par Combell, et évaluation indépendante des LLM et optimisation de l'inférence IA par imec. Bref, une combinaison qui doit offrir au marché européen une alternative crédible aux grandes plateformes d'IA américaines.
« Les entreprises peuvent commencer par une évaluation de leur utilisation actuelle de l'IA : ce qu'elles dépensent, quels outils les employés utilisent, où les données d'entreprise sont traitées et quelles charges de travail sont éligibles à une infrastructure privée en Europe », résument les partenaires du nouveau projet souverain qui précisent que les premières discussions avec les clients sont en cours.

