Informatique quantique : comment préparer notre sécurité sans verser dans l'hystérie

Tout le monde en parle. Mais peu savent véritablement de quoi il en retourne. L’informatique quantique doit pourtant retenir, dès à présent, l’attention des entreprises sur les risques liés à la sécurité. Analyse avec Edwin Weijdema, CTO & Cybersecurity Lead chez Veeam, de la prochaine vague d’innovations qui ouvrira, d'ici une dizaine d’années, de nouvelles perspectives quasiment infinies.
L’avènement de l’informatique quantique est comparable à ce que nous connaissons aujourd’hui avec l’IA. « Nous avons tendance à surestimer l’impact d’une nouvelle technologie. Puis vient la sous-estimation, et finalement on se retrouver confronté au défi », estime Edwin Weijdema, Field CTO & Cybersecurity Lead chez Veeam.
La bonne stratégie consiste donc à bien se préparer sans pour autant céder aux réactions excessives. Car il faut l’admettre, l’informatique quantique finira par s’imposer, mieux vaut s’y préparer au plus tôt pour récolter les fruits en toute sécurité.
L'informatique quantique n'est pas l'IA
« L’informatique quantique est parfois présentée comme le summum de l'IA. En réalité, il n’en est rien », explique Edwin Weijdema. Si elle contribuera à faire progresser les solutions d'IA, il s’agira avant tout d’une avancée physique. A savoir des machines capables de résoudre des problèmes qui posent des difficultés à nos ordinateurs classiques. Ces derniers fonctionnent avec des combinaisons de 0 et 1, tandis que les ordinateurs quantiques utilisent des qubits et peuvent traiter beaucoup plus de combinaisons simultanément.
« L'informatique quantique n'est pas une machine plus puissante que nos ordinateurs actuels. Elle ne remplace ni notre ordinateur portable, ni le cloud, ni l'IA. Contrairement à un ordinateur traditionnel qui cherche une solution en explorant toutes les pistes possibles une par une, l’ordinateur quantique examine toutes ces pistes simultanément en déterminant rapidement l’option la plus prometteuse », développe l’expert chez Veeam.
A titre d’exemple, l’informatique quantique pourra contribuer à développer des médicaments inédits sans avoir à les tester au préalable sur des humains. C'est ici que réside la différence avec l'IA. « Alors que cette dernière a besoin de vastes ensembles de données pour produire un résultat, l'informatique quantique peut fonctionner avec beaucoup moins de données et générer elle-même des informations », renchérit Edwin Weijdema.
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Autrement dit, l'IA excelle en tant qu'analyste doué pour reconnaître des modèles ou automatiser des processus. Alors que l'informatique quantique se concentre sur des problèmes mathématiques complexes. En pratique, l'informatique quantique et l'IA pourront résoudre des types de problèmes différents. On peut donc imaginer que ces deux concepts se renforceront mutuellement.
« A l’avenir, l’informatique quantique pourrait assumer certaines charges de travail de l’IA en explorant plusieurs options simultanément et en ouvrant la voie à des solutions dont nous n’avons pas encore conscience aujourd’hui. Par ailleurs, l’IA pourrait accélérer le développement de l’informatique quantique, par exemple grâce à la conception de nouvelles puces, à la correction d’erreurs, à des expériences, etc. C’est sur le plan de l’optimisation que se situe le chevauchement entre les deux », résume Edwin Weijdema.
La question de la sécurité des données
Pour l'entreprise, la valeur de l'informatique quantique se manifestera surtout dans l'analyse des différentes possibilités au sein d'un processus décisionnel. Selon Edwin Weijdema, « l'IA peut déjà le faire aujourd'hui, mais uniquement sur la base des données dont vous disposez. L'informatique quantique donne accès à de nouvelles techniques et solutions. Il n'y a donc aucune raison de craindre l'évolution de l'informatique quantique. Nous devons toutefois nous demander comment nous préparer au mieux aux risques et ce qu'il faudra faire pour exploiter pleinement les opportunités qu’elle nous offrira à l'avenir ».
Car des risques, il y en aura bien évidemment. « Tout comme l’IA, l’informatique quantique est loin d’être infaillible et nous devons tirer les leçons de nos erreurs. C’est pourquoi l’informatique quantique fait d’ores et déjà partie intégrante d’une bonne stratégie de résilience », prévoir Edwin Weijdema. Du point de vue de la sécurité, le défi reste donc centré sur les données. De quelles données dispose votre organisation ? Quelles données sont importantes et méritent une protection supplémentaire ? À cela s’ajoute désormais une autre question: quelle est la durée de vie de vos données ? Pendant combien de temps des données doivent-elles rester confidentielles ?
« Les cybercriminels s’emparent aujourd’hui de données chiffrées dont ils ne peuvent rien faire pour l'instant. Mais lorsqu'ils auront accès à des ordinateurs quantiques, ils pourront briser ce chiffrement en quelques secondes à peine », prévient Edwin Weijdema. Cela concerne non seulement les données de production, mais aussi les sauvegardes. « Il y a une bonne raison pour laquelle les sauvegardes sont de plus en plus ciblées par les cybercriminels : elles contiennent souvent des données sensibles. Dès lors, il peut être utile de passer dès aujourd’hui à une nouvelle technologie de chiffrement ».
Utilisez des Lego plutôt que des blocs de béton !
Edwin Weijdema conseille dès à présent de disposer d’un plan concret, à défaut de devenir un spécialiste en physique quantique. Il est temps d’identifier les données ayant une longue durée de vie, car leur usurpation pourra causer des problèmes dans dix ans. Une bonne préparation commence par des sauvegardes et une protection des données.
« Ne construisez pas votre sécurité en béton, mais plutôt avec des modules flexibles que vous pourrez remplacer par des briques d’une autre couleur ou d’une autre forme sans avoir à démolir tout le modèle au préalable », conseille Edwin Weijdema.
« Apprenez sans paniquer, mais faites preuve de curiosité et assurez-vous d’être prêt. Tout comme pour l’IA, de nombreuses entreprises ont du mal à s’adapter, alors que certaines organisations ont bien compris qu’elles devaient se préparer. Elles ont constitué des ensembles de données fiables et vérifiés, qu’elles utilisent dans leurs propres modèles. Grâce à l’IA, ces organisations ont effectivement pris une longueur d’avance sur la concurrence ».
Et à l’expert de conclure : « l’informatique quantique va dans le même sens. La bonne réaction n’est pas la peur, mais la préparation. Car la résilience donne aux organisations la confiance nécessaire pour aller de l’avant en toute sécurité ».
Edwin Weijdema, Field CTO EMEA & Cybersecurity Lead chez Veeam et conférencier sur VeeamOnTour

